Vous aviez rangé (jeté ?) vos pyjamas moulants bicolores trop petits. Dommage, car cela pourrait redevenir l’arme de séduction ultime, si tant est que Chris Pine devienne un sex symbol avec la nouvelle version de Star Trek
Mais laissons là les spéculations quant au prochain numéro de Jeune & Jolie et parlons de Star Trek, la série phare de la science fiction 70’s. Si jusqu’à aujourd’hui, Star Trek me faisait surtout penser aux déjeuners chez Mamie (coquillettes et poisson pané, mandarine avec un peu de moutarde pour le dessert parce que j’aime pas les mandarines) et aux décors cheap des resucées de ces dernières années, films comme séries, Star trek, la seule, la vraie, c’était à son époque un choc. Qui l’eut crue ? Star Trek, c’est notamment le premier personnage noir important dans une série (Lieutenant Uhura), c’est aussi le premier équipage multi- ethnique (un chinois, un russe), sans parler des premières femmes officiers ! Une révolution donc, n’en déplaise au poisson pané conservateur de ma grand-mère.

Star Trek, c’est aussi et surtout Spock, un personnage aussi connu que Mickey, Elvis et Jesus. Une symbole du melting pot prôné par la série. Pensez donc, le second du capitaine est un extraterrestre portant oreilles pointues, rimel et coupe à la Ringo Starr à ses débuts. Comme message de tolérance, on pouvait difficilement faire plus fort (lui couper une jambe peut être). Bref, avec le temps, Star Trek a été relégué au kitch, au cheap, au bidon et voilà que JJ Abrams se lance dans une nouvelle opération Récup’ dont lui seul a le secret. S’il y a bien un domaine dans lequel le bonhomme est passé maître, c’est le recyclage de qualité : Lost, resucée éclairée du Prisonnier ; Alias, un Mission Impossible amélioré; Fringe, l’héritier high tech d’Xfiles ; Cloverfield, ou ce qu’aurait pu donner un bon Godzilla US ; … et MI :3, le meilleur épisode d’Alias !
Comment opère JJ cette fois-ci ? Reboot ? Remake ? Prequelle ? Rien de tout ça, au final, mais une cure de jouvence scénarisée, bien amenée – enfin… c’est du Star Trek – et ouvrant la voie à une nouvelle franchise. Ladite pirouette, non contente de permettre un recyclage complet des éléments clés de la saga (uniformes en pyjama éponge, flingues en forme de sextoys chromés, « Longue Vie et Prospérité », message de tolérance, … Spock !), accomplit en outre l’exploit de respecter les dix premiers films (c’est bien une suite) tout en les jetant élégamment aux toilettes. Hérésie ou coup de maître ? Faites votre choix. Personellement, je tire mon chapeau.
Mais à part ça, de quoi ça parle ? Dans l’univers Star Trek « traditionnel », un groupe de Romuliens se retrouve happé par un trou noir et propulsé dans le passé, précisément avant la naissance des héros de l’Enterprise. Pour un fan, rien de plus normal, bien sûr. Pour un prophane, c’est un peu plus compliqué. Déjà, un Romulien, kézako ? Un Romulien, c’est un gothico-grunge chauve tatoué par un peintre d’intérieur avec une préoccupante proméminance au niveau de l’arcade sourcilière mais aucun sourcil. Ensuite, comment est il possible que ces playboys du cosmos se retrouvent propulsés précisément avant la naissance des héros, moment parfait pour se venger… de qui, de quoi, allez savoir, mais toujours est-il qu’ils en ont après nos pyjama-partistes préférés et que se hasard est bien commode. Devant une telle coïncidence, je n’ai qu’une chose à dire : c’est du Start Trek ! On parle d’une série dans laquelle la Terre a été attaquée par une baleine de l’espace et où l’équipage de l’Enterprise a du retourner dans le passé pour ramener des baleines à bosse afin de communiquer avec le cétacé intergalactique. Quel rapport ? Aucun si ce n’est qu’après un épisode pareil (le coup de la baleine, j’entends), on est paré pour n’importe quel déclencheur dramatique. Tant pis pour les spectateurs incrédules… Et puis que je sache, on a pas reproché à Shakespeare lequiproquo invraissemblable qui causa la mort de Juliette et de son Roméo. Pourtant, le coup du messager qui paume le message et le « Oh lala quelle chance, il reste une goutte de poison, je vais pouvoir me trucider aussi !», c’est assez tordu. Tout ça pour dire… euh… Non, Shakespeare n’est pas un des scénaristes historiques de Star Trek… à moins qu’une faille temporelle…

Le pitch spatio-temporel étant posé, quid du film ? Une excellente surprise. Le casting est étonnant, chaque acteur collant parfaitement au personnage d’origine (à l’exception de la Duhula qui a eu droit à un sérieux lifting, mais on ne va le lui reprocher, Zoe Saldana étant tout à fait… miaaooow). Si la palme revient à Spock (Zachary Quinto, Sylar pour les spectateurs de Heroes), on ne peut qu’être surpris par Karl Urban en Doc McCoy et par Simon Pegg en Scottie. Reste donc Chris Pine, avec la mission difficile de reprendre le rôle de William Shatner, celui du Capitaine James Tiberius Kirk. Les affiches faisaient assez peur de ce point de vue, Pine affichant une tête à claque arrogante façon « J’suis un beau gosse, j’utilise la crème hydratante Mennen » dans tous les couloirs du métro. Finalement, c’est une bonne surprise qui nous attend là encore, Pine prenant en effet à contre-pied la personnage que l’on attend. Il a une tête de petit connard ? C’est un petit connard ! L’espace-temps ayant été bouleversé, Kirk ne sera pas la Mr Loyal que l’on pensait et lorgnera plus vers un Will Hunting grande gueule que vers Ben Hur. J’allais oublier Eric Bana : loin de Munich, il est assez intimidant en Romulien pas content.

Visuellement, le film est une baffe. Les effets spéciaux sont d’une rare qualité et ne viennent gâcher ni l’histoire ni la qualité de l’image. Pas de flou dégueu comme dans l’affreux King, pas de couleurs fadasses comme dans le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter. L’image est belle, les SFX sont utilisés à bon escient et le résultat cartonne. A l’exception d’une poursuite dans la neige avec un hémoroïde sur pattes, il n’y a rien à jeter.
Que dire de plus ? Visuellement bluffant, Doté d’un casting béton et d’un background riche, le nouveau crû Star Trek pourrait bien relancer l’engouement pour une franchise tombée en désuetude. Et JJ Abrams de réveiller le geek qui sommeille en nous.




