Cela fait plus d’un an qu’on attendait la vision burtonienne d’Alice aux Pays des Merveilles. Le papa d’Edward Aux Mains d’Argent dans les délires de Lewis Caroll, quoi de plus prometteur ? L’attente est devenue appréhension lorsque les détails sont apparus : production Disney, 3D, suite du dessin animé, … Qu’est ce qu’on nous fait, là ? Trois ingrédients qui semblent synonymes de blockbuster-pompes à fric. Quand l’objet arrive enfin en salle, le suspense est éprouvant.
Voici donc Alice, 13 ans après son premier trip hallucinogène, en proie aux démons de l’adolescence et de la féminité naissante. Quand un furoncle rouquin lui demande sa main, mademoiselle prétexte le besoin d’un moment de réflexion pour poser un lapin (blanc) au flatulant répudié de la nature. Elle cherche le lapin blanc dans un bosquet, tombe dans un trou et la revoilà au pays des Merveilles, terre de délire où une tripotée de repris de l’asile attend d’elle qu’elle trucide un monstre au nom ridicule pour redonner le pouvoir à la Reine Blanche.
Que dire au final de ce Alice – 13 ans plus tard ? Qu’il n’a rien à voir avec ce qu’on avait vu auparavant de Caroll, de Burton ou de Disney et que si on évite le gros blockbuster bien gras, on approche à peine le film que l’on attendait. Premièrement, l’histoire pâtit d’un manichéisme hollywoodien qui fait peur : au lieu du parcours initiatique sous acide que l’on attendait, on a droit à une histoire d’élu qui doit tuer l’oppresseur pour ramener la justice dans le monde. En fait Alice, c’est John McClane dans le monde de Narnia. On était en droit d’attendre une intrigue un poil plus barrée qu’un énième histoire de héros vengeur. Voilà le défaut majeur du film.
Pour rattraper le fond, il y a la forme et là-dessus, remercions Burton d’être Tim : le bonhomme a su s’approprier les personnages emblématiques de livre de Caroll, à commencer non pas par le Chapelier Fou – horripilant Johnny Depp nous resservant du Willy Wonka sauce rouille – mais la Reine de Cœur. Formidablement interprétée par Helena Bonham Carter, cette reine fait de l’ombre au modèle qu’il soit littéraire ou de celluloïde. Immature, hystérique, sadique, sanguine, Mme Burton donne à son personnage toute l’instabilité propre au personnage et signe une de ses meilleures interprétations. A ses cotés, ce sont les personnages en images de synthèse qui brillent : le lièvre épileptique, le chat (mon préféré), la chenille doublée par Alan Rickman. Les autres sont accessoires à l’exception d’une autre révélation : Anne Hathaway dans le rôle de la Reine Blanche, abrutie béate de gentillesse comme après un ptit déj space cake – infusion de peyotl – LSD corn flakes. Merci donc aux deux actrices et au bestiaire virtuel.

Visuellement, si on en prend certes plein les yeux, on est loin du gothico-poétique de Burton et plus proche d’un délire glam sous ciel d’averse. Ce n’est pas ce qu’on attendait mais ne faisons pas la fine bouche, on marche quand même ! Disney oblige, le morbide est passé aux oubliettes et on sent seulement çà et là ce qu’aurait pu en faire un Tim Burton sans entrave (la scène d’Alice sautillant de tête coupée en tête coupée). Mais le réalisateur s’en tire avec les honneurs en s’appropriant certaines scènes du dessin animé telles que la partie de croquet. Le coup de grâce est porté avec cette mode de la 3D, complètement sous-exploitée en l’occurrence et qui ne sert qu’à obscurcir le film. Hormis le chat, aucun élément n’est mis en valeur par le procédé qui s’avère complètement inutile par conséquent. Donc pour info, économisez trois euros et allez le voir en 2D, vous éviterez 2h de binocles et pourrez admirer le soin porté aux couleurs.
Le verdict n’est donc pas négatif mais nuancé. Selon l’humeur, on sera déçu parce qu’on s’attendait à une version gothique de l’histoire originale ou enchanté par l’ambiance qui rappelle Charlie et La Chocolaterie jusque dans un mini-sketch musical.
En résumé, Alice est un pur divertissement, peut être davantage aux enfants, mais qui n’en reste pas moins spectaculaire et amusant. Quelques défauts minent la pellicule en résumé : le pitch hollywoodien, l’épilogue neuneu à souhait et la 3D inutile. Les deux premiers sont vite oubliés dans la succession de sketches qui jonchent le déroulement du film et le troisième peut être esquivé.
Alors qu’attendez vous ?




