La Grèce antique, terre des Dieux de l’Olympe, est le berceau des plus grands mythes entourant ces êtres cruels et capricieux. Leur roi et père, Zeus, n’accepte plus la défiance des hommes envers son pouvoir suprême. Il confie la tâche de les rappeler à l’ordre à son frère Hadès, dieu des enfers. Etre dieu des enfers, c’est un poste bien pourri, horaires intenables, reconnaissance zéro, et les conditions de travail sont lamentables. Se sentant lésé pour ne pas dire enflé par son frangin, Hadès concocte un plan « machiavélique Mouhouhahah » pour se venger de Zeus et piquer son job de CEO de l’Olympe. Seulement voilà, dans sa joute interne contre son n+1, Hadès a oublié le tort qu’il a porté à Persée, un pêcheur (secteur en crise s’il en est) et accessoirement fils hors mariage de Zeus. Persée, qui a vu Hadès tuer sa famille, lui en veut un petit peu quand même, si bien qu’il va se mettre au services des PME d’Argos, qui refusent la franchise olympienne. Sa mission : trouver un moyen de zigouiller le Kraken, liquidateur vedette des Dieux et gagne pain de Hadès. S’il parvient à se farcir le Kraken, grosse OPA sur la santé d’Hadès, coco ! Persée range ses filets et cannes à pêche et endosse le costume du « badass » aux sourcils froncés. Beuaaaah…
Si vous ne l’avez pas compris, le Clash des Titans est un remake du kitchissime Choc des Titans de Desmond Davis (1981), ou plutôt une version « gros bourrin ». Ici, pas de bouclette et de jupette blanche pour Persée, mais une armure noire et le crâne rasé (on pense vaguement à God Of War). Exit les histoires de prêt de chouette (le clin d’œil au film de Davis est savoureux), d’énigmes finaudes et de décors plus blancs que blancs. Persée est dorénavant un mec, un vrai ! Avec la grosse voix et l’épée chatouilleuse. L’ennemi s’enfuit ? Il lui court après. La Méduse ? « Don’t look that bitch in the eyes » et on y va les amis. C’est fin, c’est poétique, et j’oublie la bande originale à coup de guitare et de tambours du Bronx. Beuaaah…
Persée est aussi accompagné d’une bande de soldats nouvelle génération, une sorte de Bad Company, formée par des vétérans pas beaux, des Arabes (pardon, Perses) et de deux jeunots et jolis qui ne se quittent pas (hmm hmm). C’est le Peplum open mind, on est au 21ème siècle, on accepte tout le monde, du moment que ça dépote et qu’on coupe tout ce qui dépasse.
Suivre cette joyeuse bande de bourrin antiques pourra en énerver plus d’un. Personnellement, j’étais convaincu d’aller voir un gros nanar. Pour rappel, Louis Leterrier a d’abord officié en tant qu’âme damnée de Luc Besson pour réaliser Le Transporteur 1 et 2, deux bijoux de finesse au lyrico-réalisme bucolique à un tel niveau qu’il vous en énucléait les yeux. Il a ensuite traversé l’Atlantique et s’est vu confié le reprise de la franchise Hulk (2008, avec Edward Norton). Bref, Leterrier est au cinéma ce que Vuillemin est à la poésie du 16ème siècle. Une fois cette idée en tête, on SAIT qu’on s’assoit devant un film qui sue et qui suinte la testotérone et l’incohérence complète… Eh bien à partir de là, ça se regarde sans problème ! J’ai ri pendant deux heures, presque autant que devant un Zoolander ou un Frankenstein Junior. Imaginez Les Trois Mousquetaires mis en scène par John Woo. C’est le genre de mésalliance honteusement jouissive que vous trouverez dans Le Choc des Titans cuvée 2010.
Cerise sur le gâteau : les dieux. Sapés comme des Chevaliers du Zodiac, il trônent dans le seul vestige du Choc… à la mode 1971. Le contraste avec le Beyrouth qu’est devenu la Grèce n’en est que plus drôle. Barbe tressée et armure étincelant telle une boule à facette à abdos, Liam Neeson n’a jamais paru aussi fier… et aussi risible. Face à lui, Ralph Fiennes est déguisé en Père Fourrasse du coté obscur. Avec sa tronche de pourri, sa voix de tubard et ses yeux injectés, il est aussi crédible en frère loyal que George W en Nobel de la paix, c’est vous dire à quel point Zeus est stupide de se laisser convaincre par ce Voldemort à poil long (et à nez). Oui, Ralph Fiennes collectionne les rôles de composition ces temps-ci. Après les années 90, La liste de Schindler, Le Patient Anglais et Spider, il incarne désormais Voldemort et Hadès. Un peu moins subtil, vous en conviendrez. Mais bon, il faut bien manger, que voulez vous ? A propos de La Liste de Schindler, il est amusant de retrouver Neeson/Schindler berné par l’officier nazi/Fiennes, presque vingt ans plus tard. Bref, Le Choc des Titans fait rire à tous les niveaux.
Cela peut sembler négatif comme avis. Mais détrompez vous. De bonne foi, je me suis régalé devant ce gros navet ultra-bourrin et complètement décérébré. Bien sûr, ce n’est pas un chef d’œuvre et évidemment, il ne cherche à être fidèle ni à la légende ni au film original. mais j’ai entendu bon nombre de critiques exprimer leur mécontentement devant l’affront fait au Choc de 1971. A ceux-ci, j’aimerais dire :
1) Si vous pensiez que Leterrier allait vous offrir l’Ivanhoé du péplum, c’est bien fait pour vous ce qui vous arrive.
2) Arrêtons d’encenser post-mortem les nanars d’il y a trente ans, le Choc des Titans était un navet, insoutenable aujourd’hui tant il est mielleux, poseur, lent et kitch. En cela, le remake en est plus que digne.
3) Apprenez à éteindre votre cerveau deux secondes ; que je sache, je ne cherche pas la saveur du macaron quand je me tape un gros milkshake.




