Son premier film The Following étant hélas passé inaperçu, on a découvert l’esprit torturé et manipulateur de Christopher Nolan avec Memento, effrayante quête de vengeance d’un homme sans passé immédiat. Monté à l’envers, le film nous familiarisait avec l’esprit minutieux du conteur Nolan, soucieux du moindre détail, du moindre boue de papier, à l’image de son héros maudit.
On a ensuite découvert la direction d’acteurs façon Chris Nolan avec Insomnia, remake d’un polar neigeux scandinave, dans lequel Al Pacino voit son nemesis interprété par l’inhabituel et remarquable Robin Williams. Exploration de la mémoire, direction d’acteurs à contre-courant, on ne peut pas dire que Nolan voulait s’adapter aux codes linéaires d’Hollywood.
Il s’adoucit tout de même quelque peu avec Batman Begins, film de franchise sur lequel il parvient toutefois à imposer sa patte visuelle, quelque part entre Ridley Scott et Michael Mann, rien que ça.
Suit aussitôt la « parenthèse » Le Prestige, dans lequel il continue d’explorer les secrets du montage jusqu’à imposer son style, faisant échanger les protagonistes d’une époque à une autre, et de surprendre avec ses choix de casting étonnants. Et la consécration vient avec The Dark Knight, succès monstre tant critique que public : les héros se compromettent et se détruisent, le méchant est magnifique, la morale est écrasante de pessimisme et de justesse. On parle pourtant d’un blockbuster de superhéros ! Les canons nolaniens sont posés : ses héros sont fragiles, la ville est le théâtre de ses épopées, l’esprit se tord au gré du montage et l’écriture guide le spectateur là où il n’aurait jamais pensé s’aventurer.
Ces codes, on les retouve transcendés dans Inception. Je commence par la fin et vous épargne le suspense : il s’agira sans doute d’un des meilleurs films de l’année, pour ne pas dire immédiatement du meilleur film de l’année. A cette heure, c’est en tout cas celui-ci qui vole loin au-dessus de tout ce qui s’est vu en 2010 (et je m’en suis déjà tapé une cinquantaine au moins !!!).
Les obsessions de Christopher Nolan sont donc bien au rendez vous et ce dès que l’on saisit l’intrigue. L’intrigue, mieux vaut la découvrir dans la salle. Toutefois pour les curieux (à vos risques et périls), en voici les grandes lignes : Cobb (Leonardo Di Caprio) est un espion du subconscient. En exil, il se voit proposer une mission qui lui permettrait de rentrer chez lui. En retour, il doit constituer une équipe de braqueurs de rêves pour, non pas extraire, mais introduire un secret dans l’esprit d’une dite cible (c’est ce qui est appelé l’inception). Point, j’en ai déjà trop dit. L’équipe est composée d’un casting hétéroclite et non moins impressionnant, tant les différents acteurs collent précisément à leur personnage.
A commencer par Leonardo Di Caprio qui n’a pas été aussi brillant dans un rôle depuis bien longtemps. Exit les faux gros bras sud-africains, les flics infiltrés durs à cuire et autres supers baroudeurs, grand bien nous fasse. Cobb est un voleur, un manipulateur, un torturé. A ses cotés, la frêle Ellen Page, le formidable Joseph Gordon Lewitt (500 Jours d’Eté, The Look Out), le subtil Cillian Murphy (28 Jours Plus Tard, Batman Begins, Le Vent se Lève,… cet acteur, c’est un hybride entre Jack Nicholson et Anthony Hopkins dans le corps d’un beau gosse… flippant), le trop rare Ken Watanabe (Le Dernier Samourai, Lettres d’Iwo Jima), Tom Hardy (Bronson) et Marion Cotillard ENFIN dans un rôle consistant aux States ! Et force est de reconnaître que dans son rôle (à découvrir sur place), elle est parfaite ! Aux cotés de ce petit monde qui mériterait de truster tout rôle valable à Hollywood, deux vieux de la vieille, à savoir Michael Caine et Tom Berenger, certes sous-exploités, mais que voulez vous il n’y a pas de place pour tout le monde et ces deux-là n’ont plus rien à prouver.
Nolan respecte ses préceptes et les élève plus haut que tout ce qu’il a pu tourner jusqu’alors : le scénario est brillant, torturé, élaboré avec une telle minutie qu’on pense aux moindres détails encore une semaine après avoir vu le film, la caméra fait littéralement l’amour aux paysages urbains, déformés et altérés au bon vouloir du maestro, les héros sont faillibles, égoïstes, humains. Avec Inception, impossible de deviner, l’histoire est impensable, imprévisible. Nolan annonçait un film bâti autour de la structure des rêves, il a réalisé un rêve sur celluloïd. Grandiose, jusqu’au dernier( ?) tour de toupie…




