
Souvenez-vous, ce gentleman en trois-pièces vert bouteille et burberry, chapeau et masque vissé sur la trogne, pendant que son laquet conduisait et castagnait du bandit… Ce héros inutile, ce Zorro laissant tout le boulot à son sino-Bernardo, c’était le Frelon Vert !
Sorte de Batman du pauvre, le Frelon Vert rivalisait en kitsch avec la célèbre série TV de Batman. Toutefois, si le Green Hornet n’a pas la superbe du Dark Knight, son side kick est d’une autre trempe : mettez Robin au placard avec sa cape jaune et son slip vert (uniforme prêtant à tous les sous-entendus les plus bas et donc drôles), le Frelon Vert avait pour allié/assistant/esclave l’acrobatique Kato, interprété ni plus ni moins que par Bruce Lee ! Alors forcément, avec un Alfred de ce genre, même Batman aurait installé un siège de chauffeur dans la batmobile et se serait mis en charentaises à l’arrière.
L’oisiveté du Green Hornet, c’est le fil rouge du scénario de Seth Rogen. L’acteur devenu star sous le giron de Judd Apatow avec 40 Toujours Puceau et Enceinte Mode d’Emploi avait commencé à fantasmer cette adaptation avec son co-turne Evan Goldberg depuis un moment, avant même d’accéder à la notoriété. Une fois les formalités remplies (devenir une star bankable, gagner la confiance des studios, etc), Rogen ressort son scénar du tiroir et met le projet en route, embarquant au passage quelques pointures hype, Christoph Waltz (Oscar du second rôle pour Inglorious Basterds dans le rôle de « jew hunter », Colonel Lambda), Cameron Diaz et le réalisateur Michel Gondry (Human Nature, Eternal Sunhine of the Spotless Mind, Soyez Sympas Rembobinez). Pour jouer Kato, Jay Chou, star nippone est embauché en lieu et place de Stephen Chow prévu durant un temps. Ajoutons à ça la 3D pour être dans le vent et dans le premier rôle, celui du justicier, droit, courageurx, fort et beau… Seth Rogen.. ?..
Voici donc l’histoire de Brit Reid, héritier du Daily Sentinel. Sa vie de luxure, d’excès et de gueule de bois est remise en cause à la mort de son père et Reid doit maintenant devenir un homme à la mesure de son patriarche. Pour l’homme-enfant qui n’a jamais grandi, ce n’est pas très clair, mais sa décision est prise : il dénoncera l’injustice dans son journal et la combattra derrière le masque de son alter ego, le Green Hornet. Tout ça serait bien sûr impossible sans les conseils avisés bien qu’involontaires de son assistante et le génie de son majordome/ingénieur personnel/sidekick/chauffeur, Kato. Pris au jeu du superhéros, Brit s’oppose à la pègre de LA.
L’héritier milliardaire qui combat le crime derrière un masque, ça ne vous rappelle rien ? Franchement, la comparaison avec Batman s’arrête au pitch. Le point de vue de l’histoire est bien celui-ci : un gros gamin se prend pour un justicier mais ne sait rien faire, mais avec l’aide de son serviteur surdoué et beaucoup de bol, il va devenir aussi vaillant que le chevalier noir de Gotham. Le résultat est un film jovial et à la bonne humeur contagieuse, sorte de Soyez Sympas, Rembobinez Sinon les Gars de Superbad Viendront Vous Casser La Gueule. L’excitation de Seth Rogen à l’idée de devenir un justicier masqué est communicative, Jay chou a la tronche du souffre-douleur parfait, Chistoph Walz est formidable dans ce rôle de Colonel Lambda en quête de reconnaissance (la scène de présentation où le guest du film, James Franco, l’humilie est d’anthologie). Le point faible aurait pu être Cameron Diaz, non par manque de talent mais par … son âge. Cameron Diaz commence, bizarrement, à avoir quelques (minuscules) rides et voir un attardé fanstasmer sur elle comme si elle était une jeune première pourrait étonner un peu. Pourtant, ce qui aurait pu être une erreur de casting est relevé dans le film même, en une phrase : « Waou ! Vous êtes super bonne pour une maman ! Vous avez quoi, 40 ans et vous êtes encore top ! » Voilà, on l’a compris, la secrétaire est un peu sur le retour, mais elle est canon, c’est un cougar, et c’est très bien ! Même chose pour Kato, ce n’est pas uniquement le loyal serviteur qui obéit à tout au doigt et à l’œil. Le personnage a ses sentiments, ses refus, son orgueil et les brimades de son capricieux patron lui feront péter les plombs tôt ou tard. En vérité, la relation Kato-Brit n’est pas celle d’un esclave et de son maître mais celle de deux potes. Plus moderne et plus casual, cette approche dédramatise la relation entre les deux personnages et donne lieu à d’excellents gags.
Quid de la réalisation ? Gondry sous le contrôle d’un studio, la french touch vendue à Hollywood, le charme opère-t-il encore ? D’une certaine manière, oui. Ce n’est plus l’imagerie vintage du Gondry fashion qui nous est familier mais on reconnaît çà et là le style du clippeur-poète (notamment une scène très sympa filmée en 12 images par secondes où Rogen fait visiter son garage à une bimbo). De l’alchimie Rogen-Comics-Gondry, c’est tout de même Gondry qui sort le moins vainqueur. Tout le monde n’est pas Spike Lee et ne peut pas imposer sa marque sur l’ensemble d’une commande (Inside Man).
Pour conclure, on sortira de The Green Hornet avec le sentiment d’avoir vu un excellent film du gang Apatow, traitant de manière ultra décalée des superhéros. Voilà sans doute le justicier masqué le plus normal du monde, celui à qui l’on s’identifie le plus facilement (ok, ça en dit long sur soi quand on écri des choses comme ça) : un glandeur avec assez de cœur et quelques peut devenir un vrai superhéros. Parce que si ça se trouve, dans la vraie vie, c’est Alfred qui fait tout pendant que Batman mange des champignons en jouant à Guitar hero avec Robin… si ça se trouve…




